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« Penser & faire le design ! »

Matériaux durables : « le beau vient après l’utile »

Créer du mobilier à la fois innovant, beau et responsable n’est pas une mince affaire. C’est pourtant la mission que se sont donnée les fondateurs de Komut Studio, Yutyng Chiu et Philippe Tissot. En effet, depuis 2020, l’entreprise transforme à Pantin des déchets plastiques, notamment des bouteilles d’eau, en mobilier design et durable.

Du 22 juin 2022 au 30 novembre 2022, la Manufacture Design créée par Olivier Saguez à Saint-Ouen-sur -Seine met en avant ce mobilier 100 % circulaire à travers une exposition ouverte à tous afin de sensibiliser et présenter au plus grand nombre une solution esthétique et durable en termes de recyclage plastique. Rencontre avec Olivier Saguez, designer français et président fondateur de Saguez & Partners, et Yann Mignot, directeur de création, associé.

Pourquoi avez-vous décidé de mettre en avant le mobilier de Komut Studio ?

Olivier Saguez : L’exposition est un moyen de sacraliser une information que l’on veut divulguer. On le fait pour nous et nos clients et tous ceux qui viennent nous rendre visite. Depuis cinq ans, nous essayons d’en faire trois ou quatre par an. Ce sont généralement avec des artistes et talents qui, comme nous, se préoccupent du développement durable. Même si nous nous trouvons dans un des lieux les plus responsables autour de la capitale, nous n’avons jamais fini d’apprendre et de nous améliorer. Cette rencontre avec l’entrepreneur Philippe Tissot et la designeuse Yutyng Chiu permet de nourrir des réflexions sur le recyclage et de voir que des solutions existent. Le mobilier de Komut Studio est vif, coloré, optimiste, mais aussi très intéressant parce qu’il montre que même dans le recyclage le plus ingrat qui est celui des bouteilles en plastique, on peut faire des choses jolies et agréables. Nous avons pour projet de mettre du mobilier Komut dans des sièges sociaux avec des blocs de bouteilles plastiques pour sensibiliser les gens qui vont s’asseoir sur ces bancs et des explications pédagogiques pour mieux comprendre le travail effectué et la démarche.

Yann Mignot : Komut Studio travaille sur le recyclage de bouteilles plastiques, mais aussi sur la seconde vie des PVC qui ont été utilisés en architecture. Ses créateurs permettent de recycler des choses qui étaient jusque-là jetées. Pour cela, ils démontent tout, enlèvent le métal et ne recyclent que le PVC. À partir de là, ils ont déjà un produit qui vient du recyclé à 100 % et qui est 100 % recyclable. Donc la force de Komut c’est qu’il est à 100 % des deux côtés. C’est ce que nous souhaitons mettre en avant.

Quelle place a le « beau » dans le recyclage ?

Olivier Saguez : Le beau il faut l’oublier. Il faut d’abord être responsable. Avant de dire « c’est beau », il faut se demander « qu’est-ce que je peux trouver en France qui fasse l’effet du Tech ? », par exemple. Autrement dit, le beau vient après l’utile. Si nous voulons rapidement solutionner la planète, nous devons vraiment penser de cette manière. En effet, la nature est belle, mais avant tout elle a un sens. Tout est utile dans la nature, rien n’est gratuit. Il faut être beau de surcroît. Ça donne envie, ça donne du plaisir, certes, mais le plus important est de mettre du beau dans l’utile. Il faut se méfier du beau au premier abord, il peut vous induire en erreur. Un objet peut être beau, mais beaucoup moins utile, confortable et vertueux qu’un autre. Le beau a donc sa part d’importance, car il ne faut pas que le recyclage et plus largement l’écologie deviennent une contrainte ou une punition, mais il passe après l’utile.

Yann Mignot : Le beau est presque une dette de notre métier. On l’a en nous, on en fait facilement. Mais du beau responsable, économique et dans les usages c’est plus difficile. Nous cherchons à influencer et convaincre les architectes et designers à utiliser des matériaux durables. Pour cela, nous avons mis en place avec Greenaffair cinq critères : l’empreinte carbone (d’où vient le produit ?), est-ce que ce produit a déjà fait des démarches durables, notamment une fiche FDES qui permet à un produit de rentrer dans des labels et d’être plus facilement utilisé par les designers et architectes, nous allons voir si c’est un matériau biosourcé, recyclé, recyclable et à quel pourcentage, c’est très important. Enfin, nous cherchons à savoir si ce produit peut entrer dans une économie circulaire. Donc avant d’être « beau », le produit doit répondre à un certain nombre de critères essentiels.

D’un point de vue design, s’inspire-t-on de la nature lors de la création d’objets responsables ?

Olivier Saguez : Il peut nous arriver de nous inspirer de la nature lors de nos créations. Les abeilles, par exemple, peuvent être une source d’inspiration pour un principe modulable. Mais encore une fois, avant d’être artistiques, elles inspirent du point de vue de l’utilité. Donc l’inspiration peut être par la poésie, par une esthétique, mais elle est souvent par une utilité. Et aujourd’hui nous avons plus que jamais besoin de solutions utiles non dénuées de poésie et de sensibilité.

Yann Mignot : Quand nous faisons de la création à partir de matériaux biosourcés, nous ne sommes pas obligés de copier la nature dans les formes, un banc en bois, par exemple, peut être très design avec des formes droites, dures ou ondulés, peu importe, du moment qu’il est recyclé et recyclable. Nous ne cherchons pas un style, je n’aime pas du tout la tendance de l’Art nouveau. Selon moi, la tendance est d’utiliser des matériaux naturels et de s’inspirer de l’intelligence de la nature. Mais la copier pour en faire du « fake » ne nous intéresse pas.

In Interiors, 2 septembre 2022
Journaliste : Christelle Pitagora


Le plastique c’est chic ! Si c’est recyclé
Exposition jusqu’au 30 novembre 2022
6 rue de l’Hippodrome, 93400 Saint-Ouen-sur-Seine
Entrée libre* sur réservation : mardi et jeudi de 18h à 20h.
Plus d’infos : ici.

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