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« Penser & faire le design ! »

Il est temps de sortir du bois et mettre les designers au pouvoir

Cette semaine dans Design fax, Olivier Saguez se questionne sur le futur – et le pouvoir – du designer après la crise inédite que nous connaissons actuellement.

Les designers peuvent-ils s’en sortir ? Chacun, bien sûr, doit se poser la question. Vais-je pouvoir faire mon année ? Va-t-on pouvoir travailler ? Et surtout aura-t-on encore du travail, des projets ? Que l’on soit une agence ou un indépendant, l’année va être dure, très dure et l’on va manquer de travail, voilà ce que l’on entend-t-on partout. Mais pour moi, là n’est pas le fond du problème.

C’était inimaginable il y a cinq mois, mais le monde entier est aujourd’hui sur pause. Et comme le dit si bien Bruno Latour – philosophe sociologue – dans AOC : « Si tout est arrêté, tout peut être remis en cause, infléchi, sélectionné, trié, interrompu pour de bon ou au contraire accéléré. L’inventaire annuel, c’est maintenant qu’il faut le faire. À la demande de bon sens : relançons le plus rapidement possible la production. Il faut répondre par un cri surtout pas ! La dernière des choses à faire serait de reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant ».

En effet, la deuxième crise sera écologique et elle sera bien plus forte que celle que nous connaissons aujourd’hui. Alors, il est temps de revoir nos modes de vie et de consommation. De définir des priorités : santé, éducation, alimentation, logements décents, hygiène, énergies nouvelles, transports collectifs, mobilités douces et surtout répondre à des nouveaux usages, plus solidaires et plus centrés sur le local.

Consommer moins mais mieux et produire mieux avec moins, être plus frugal car plus responsable. Bref, être utile pour l’homme et pour la planète. Pour réinventer les nouveaux usages d’une vie plus responsable, il est certain qu’il faut partir de la demande et non de l’offre, et il est sûr aussi que l’on aura besoin de plus designers et d’un peu moins de marketeurs, surtout là pour vendre et non pour écouter et satisfaire.

Il est temps de sortir du bois et réclamer que les designers soient au pouvoir. Car nous le savons bien, notre rôle n’est pas de créer mais d’observer, d’écouter, de dialoguer et de proposer des solutions concrètes. Être designer, c’est d’abord être une interface entre des hommes (qui sont à la fois citoyens, usagers et consommateurs) et des entreprises, mais aussi parfois des administrations, afin de proposer des produits, des services et des lieux qui correspondent à de vrais besoins et de vrais usages.

Voyez comme au pays du système D les Français bricolent en plein confinement et, par conséquent, font du design de crise – Decathlon et son masque à oxygène, les restaurateurs et leurs take away improvisés, les caissières et leurs barrières en plexiglas bricolées, les drives improvisés, les concierges qui se regroupent pour entretenir collectivement une rue et les locaux poubelles, les fabrications artisanales de masques et de gels, etc.

Ce work in progress sera l’attitude design à avoir dans les mois qui viennent car il faudra trouver rapidement des nouvelles idées pour que tout soit accessible et sécurisé : commerces, transports, alimentation, travail, éducation, loisirs et même la ville. Cela signifie tester des solutions – fussent-elles bricolées – aller vite tout en observant en live le comportement des gens.

Dans le passé (c’était il y a longtemps avant le confinement), le design a souvent trop été vu comme un élément de décor, alors qu’il est avant tout une méthode de pensée et d’action collective. L’État nous propose du chômage partiel, et c’est très bien à titre provisoire, mais ce que nous voulons surtout c’est du travail. Ce que nous voulons aussi c’est réfléchir et participer aux grands sujets de la reconstruction. Et si nous n’y sommes pas conviés nous nous y inviterons.

Tribune d’Olivier Saguez publiée dans Design fax n°1151

 

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