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« Penser & faire le design ! »

L’Express diX : la nouvelle vie de bureau

La nouvelle vie de bureau, entretien avec Olivier Saguez

Il pilote le projet de halle gourmande du Grand Paris. Fondateur de l’agence Saguez & Partners, le designer et architecte d’intérieur Olivier Saguez est aussi l’un des penseurs du bureau de demain. Entretien avec un fervent adepte de l’open space pour qui le design est un sport collectif.

Comment pensez-vous le design d’un bureau ? 

Le lieu de travail est avant tout un lieu de vie. Il doit créer du lien et refléter l’esprit d’entreprise. Pour l’imaginer, il faut d’abord observer les gens et les pratiques, repenser les usages et les postures. Mettre le design au service de la vie quotidienne, le rendre utile – telles sont les questions qui m’habitent depuis vingt ans. J’aime aussi quand le design se mêlent au social, quand il sert une communauté. Le lieu de travail de demain doit être ouvert, ancré dans la ville. La Manufacture Design est perméable à la vie extérieure. À l’horizon 2020, nous avons pour projet de développer une halle gourmande de quelque 7000 mètres carrés, avec commerces de bouche et restaurants.

Votre bête noire, semble-t-il, est la « bureautonie », la monotonie au travail…

Tout à fait. Enfant, je m’ennuyais affreusement à l’école et à l’église. Au bureau, il faut être capable d’étonnement, mais aussi de concentration, et d’échange. Un lieu de travail doit conjurer tous ces paramètres. Il doit favoriser le mouvement, car il n’y a rien de pire que la sédentarité, tant pour le corps que pour l’esprit.

Concrètement, comment insuffler ce dynamisme ? 

N’en déplaise à certains, il faut un open space où circulent librement les individus et les idées, mais il se doit d’être chaleureux, baigné de lumière naturelle et doté d’une bonne acoustique. Ce à quoi on peut rajouter six à huit espaces modulables, avec un équilibre entre des lieux de calme et de réflexion (où l’on peut s’isoler), et d’autres où l’on peut interagir à plusieurs, debout ou assis. À la Manufacture Design, il y a des salles de réunion où l’on peut tous s’asseoir autour d’une table; d’autres pièces, plus petites, où l’on reste debout, pour les brainstormings rapides; d’autres encore, telle que la salle de gym, où l’on s’assied sur des poufs, hors des heures de cours. Enfin, je crois à l’exemplarité des chefs et à l’horizontalité. Mon bureau, par exemple, est au milieu de l’open-space, et non à l’écart.

Vous accordez également une place importante à la végétation. Pourquoi ? 

Lorsque l’on passe des heures devant des écrans, la nature permet une respiration, un contrepoids à l’hyperconnectivité. Dans nos locaux, nous avons un jardin tropical et des terrasses végétalisées. L’idée m’est venue à Sao Paulo, où la verdure envahit l’urbain. À l’avenir, l’écologie sera indissociable du design.

Quelles sont les autres valeurs qui vous tiennent à coeur ? 

À une époque où tant de choses sont dématérialisées, il faut miser sur l’humain et le confort. La sphère professionnelle a depuis longtemps envahi la sphère privée. Qui n’a pas le réflexe de consulter ses mails tôt le matin ou le week-end ? Il faut donc aussi que la sphère privée infuse le champ du travail. Le concept du « bureau-hôtel » m’est très cher. Par exemple, nous avons un service de conciergerie, mais aussi de la cuisine maison, des fleurs fraîches… Il faut créer les conditions pour que les gens se sentent chez eux. Le design, lui aussi, doit contribuer au mieux-être. Par exemple, parmi nos plus récentes créations, il y a la lampe Rivoli, un luminaire sur pied offrant les fonctionnalités circadiennes (imitation de la lumière naturelle) ou LiFi (accès à Internet par la lumière).

Et le beau, dans tout cela ?

L’esthétique est importante, bien-sûr, mais la nature est déjà belle. Notre priorité à l’avenir ? Privilégier l’utilité.

Interview parue dans L’Express diX, mars 2019
Journaliste : Rebecca Benhamou

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